17 octobre 2011

Siri HUSTVEDT, Un été sans les hommes, Actes sud

Mes dernières lectures de romanciers américains ( Jonathan Franzen, James Frey...) m'avait laissé un goût de trop-américain que j'avais déjà éprouvé plus tôt avec Paul Auster ou Siri Hustvedt. D'où mon agréable surprise en lisant "Un été sans les hommes". Un bon titre pour un bon roman.

Lorsque Boris, son neuroscientifique de mari,  la quitte pour la Pause (une française plus jeune), Mia décide de s'éloigner de leur lieu de vie commune et passe l'été dans une petite ville du Minnesota où elle a vécu son enfance. Elle y retrouve sa mère et y rencontre ses amies , toutes pensionnaires d'une maison de retraite, des vieilles femmes singulières et débordantes de vie. Elle accepte également d'animer un atelier d'écriture de poésie pour de jeunes adolescentes elles aussi bien vivantes.

Et on se prend d'affection pour tous ces personnages féminins : Mia, Lola, Flora, Abigail, Alice, Ashley, Daisy, Bea... On se prend à rêver à cette chaleur, qui se dégage de leurs rencontres, à leurs bras, leurs embrassades.

J'ai pris plaisir à suivre Mia, à la voir pleurer, se consoler et consoler les autres et plus encore à l'écouter débattre des hommes et des femmes, de nos biologies respectives, de l'amour, des sentiments. Et j'étais professionnellement curieuse d'assister aux ateliers d'écriture et au cercle de lecture auxquels prend part Mia.

Il y a des comédies et il y a des tragédies, pas vrai ? Et elles se ressemblent plus souvent qu'elles ne sont différentes, un peu comme les hommes et les femmes si vous voulez mon avis. Une comédie, c'est quand on arrête l'histoire exactement au bon moment. (p.214)

Et c'est ce que fait Siri Hustvedt et c'est ce qui me donne l'envie de lire "La femme qui tremble. Une histoire de mes nerfs" du même auteur.

(Et puis, vous avez remarqué ? La photo de couverture ressemble très fort à ma photo de profil, l'une en été, l'autre en automne, l'une dans les tons verts, l'autre dans les oranges).

 

12 octobre 2011

Zsolt HARSANYI, La vie de Liszt est un roman, Babel

Voilà un roman hongrois qui date de 1986.

C'est la visite de la maison où vivait George Sand à Nohant dans le Berry qui m'a donné envie de lire ce livre. Dans cette maison se rencontrèrent autour de la table des artistes tels que Chopin, Musset, Balzac, Delacroix mais aussi Franz (Ferenc en hongrois) Liszt.

Ce roman retrace la vie mouvementée du célèbre pianiste et compositeur de sa naissance à sa mort. Une vie qui débuta sous les meilleurs auspices puisqu'il récolta la gloire dans toutes les villes et tous les pays où il eut l'occasion de jouer, également auprès de l'aristocratie qu'il fréquenta assidûment. De nombreux voyages le conduisent aux quatre coins de l'Europe en proie à des bouleversements et des révolutions.

Moins heureux parfois dans sa vie de compositeur et de maître de chapelle à Weimar où il essaya de faire connaître l'oeuvre de Wagner, Liszt mène une vie amoureuse intense et passionnée qui va parfois jusqu'à la haine qu'éprouvera pour lui son ancienne compagne, Marie d'agoult avec qui il eut trois enfants. Il trouva enfin un peu de paix auprès de la princesse Carolyn Wittgenstein. La mort de deux de ses enfants, la disparition de certains de ses amis, la trahison d'autres transformèrent sa vision de la vie et le décidèrent à se vouer à la prêtrise.

Passionnant et très documenté, le roman souffre parfois d'un excès de documentation : on est en effet un peu perdu dans tous ces représentants de la société européenne (française, russe, hongroise...), aristocratique, religieuse, politique. Il faudrait parfois un bon dictionnaire historique pour s'y retrouver.

Mais c'est l'itinéraire hors du commun d'un virtuose du XIXème siècle confronté à son époque, aux contraintes et réalités de cette époque et qui rencontra les plus grands artistes du moment. Un portrait d'artiste exceptionnel dont on ne se lasse pas (malgré ses 700 pages). Les dernières 150 pages sont sans doute trop rapides à mon goût (voyages, allers et venues, rencontres...) mais le principal est que sa personnalité soit nettement dessinée. Voilà qui donne envie de (re)découvrir la musique de Liszt.

08 octobre 2011

Jonathan FRANZEN, Freedom, L'Olivier

Le voilà, cet incontournable Freedom. J'avoue que j'éprouve méfiance pour ces romans qu'il "faut" avoir lu surtout lorsqu'on compare son auteur à Tolstoï.

En plus de 700 pages, Freedom est la  "chronique d'une famille américaine sur trois générations" : Walter Berglund et sa femme Patty, ancienne championne de basket-ball ainsi que leurs deux enfants, Jessica et Joey cherchent à savoir qui ils sont et où ils veulent aller. N'oublions pas l'ami, le chanteur Richard Katz dont la vie s'entremêle à leur histoire familiale. Parallèlement, c'est encore l'histoire de l'Amérique, depuis les années 70 jusqu'à l'après 11 septembre. L'intrigue est finalement très mince et résumée partout, je ne m'y attarderai donc pas. Le récit tient par ses multiples digressions, ses personnages secondaires, leurs doutes et hésitations ainsi que par les dialogues, très nombreux...

Le lecteur est pris dans sa lecture, difficile d'en décrocher même si l'intérêt faiblit à plusieurs moments (les discussions politiques ou religieuses m'ont un peu rebutée). Franzen joue sur les sauts dans le temps, sur les multiples points de vue. Le récit prend réellement son envol dans les passages de l'autobiographie qu'écrit Patty. Là la sincérité la rend intéressante, on approche les personnages qu'on ne faisait auparavant que survoler.

En finale, c'est un roman assez réussi. Techniquement. Mais qui me déçoit malgré tout par son côté tout-américain. Mais cela pourrait encore passer. Le principal inconvénient, c'est cette distance que j'ai ressentie en tant que lectrice : je ne sais plus où j'ai lu une critique qui disait qu'on n'était pas loin des "Desperate housewives" et c'est peut-être ce qui m'a le plus gêné, même si je me suis laissé prendre au rythme du récit, éprouvant bien souvent du plaisir à y être plongée.

05 octobre 2011

Laurent BINET, HHhH, Grasset


Pas une nouveauté de la rentrée. Ce livre date de 2009 mais le hasard a voulu que je le lise maintenant et  que je découvre un très bon roman (puisqu'il est ainsi nommé) historique. Laurent Binet y dévoile tout un pan de l'histoire de la seconde guerre mondiale. HHhH signifie Himmlers Hirn heisst Heydrich, soit le cerveau de Himmler s'appelle Heydrich. Heydrich, bras droit de Himmler, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis fut également "l'inventeur" de la solution finale. Aussi démesuré qu'Hitler, prêt à supprimer celui-ci s'il l'avait fallu, il est également surnommé "le bourreau de Prague".
C'est à Prague en effet, en 1942, que se situe l'action principale du livre : deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d'assassiner Reinhard Heydrich. On rencontre dans ce livre tous ceux qui firent l'histoire, les chefs nazis les plus fous et cruels mais surtout tous ces hommes et femmes de la Résistance, admirables, qui luttèrent pour la liberté de leur peuple. Passionnant ! Un livre qui donne envie d'en savoir plus.

Joyce Carol OATES, Zombi, Stock


Assez fan de Oates, j'avais hâte de lire ce nouveau roman. Le résultat est terrifiant : l'auteur y décrit un homme de 31 ans qui pourrait -presque- passer pour un gentil garçon aux yeux de tous si ce n'est qu'il est en réalité un dangereux psychopathe tueur en série. Oates nous fait pénétrer dans la tête de ce malade mental rêvant de créer un "zombi" qui obéirait à tous ses désirs. Pour y arriver, il fait preuve d'une haute technicité, qui jusqu'à ce jour a échoué. Mais le pire reste à venir... Un bon roman, inquiétant, qui m'a un peu laissé sur ma faim. Un de ses précédents romans Petite soeur, mon amour traitait d'un thème tout aussi inquiétant mais était plus fouillé, plus complexe. C'est pourtant la concision de ce roman-ci qui fait aussi sa qualité.

Olivia ROSENTHAL, Que font les rennes après Noël ?, Verticales




Voilà un livre bien étrange, qui s'ouvre sur le désir fort commun mais insistant d'une petite fille qui voudrait avoir un animal à elle, à câliner, à caresser et qui se heurte au refus de ses parents. Une petite fille qui grandit sans cet  animal désiré et se cherche, avec des tours et des détours, des difficultés et des peurs et finit par se libérer. Ce récit à la deuxième personne, - vous oubliez / vous constatez / vous aimez- donne un ton particulier au roman qui est entrecoupé des témoignages de quelques personnes travaillant au contact des animaux, soignant au zoo, éleveur, boucher, biologiste... Une alternance qui donne un rythme à la narration multipliant les parallèles entre l'homme et l'animal. Un livre qui sort du roman habituel grâce à une écriture très personnelle. (Prix du livre Inter 2011)

Hanif KUREISHI, Le déclin de l'occident, Bourgois, Coll. Titres

 

 
  Hanif Kureishi est un auteur anglo-pakistanais qui a grandi en Angleterre; Le déclin de l'occident, un recueil de 8 nouvelles, 8 petites perles.  Dans chacune la mise en situation est rapide; les personnages se répondent parfois d'une nouvelle à l'autre; le style est vif et va à l'essentiel. Le recueil s'ouvre sur une nouvelle de 3 pages "Les chiens", qui aurait pu aussi porter le titre de la dernière nouvelle "Une histoire horrible".
   Parmi mes préférées, "L'agression" qui narre si bien ce qui nous arrive si souvent, à savoir être pris en otage par quelqu'un qui vous déballe sa vie, "Le déclin de l'occident" où un homme qui vient de perdre son travail se heurte à sa femme et ses fils et "Phillip". Et puis il y a aussi "Union et décapitations", terrible nouvelle sur un fait d'actualité. Bref, pas une nouvelle n'affaiblit le recueil. C'est rapide, incisif et dense Une belle lecture à partager !

James FREY, Le dernier testament de Ben Zion Avrohom, Flammarion

 


Après le formidable "Mille morceaux" suivi d'autres livres moins marquants, James Frey était attendu avec ce "dernier testament" : victime d'un accident peu banal, Ben survit miraculeusement à ses blessures et est reconnu comme étant le Messie. Un messie qui vit à New York au 21ème siècle et professe la fin d'un monde qui ne pourra survivre à la haine, la guerre, la corruption... Je suis ici pour révéler à l'humanité qu'elle va se détruire au nom de la cupidité et de la religion. Qu'il n'y a pas de Dieu pour sauver aucun de nous. Il n'y a pas de Diable pour nous entraîner en Enfer. Que le seul ennemi de l'homme est lui-même, et sa seule chance c'est lui-même. (p. 248) Ben prône l'amour et se démarque des règles de toutes les religions. Seul l'amour peut nous sauver. L'amour de tous et de chacun.
C'est aussi l'histoire des Etats-Unis, de New-York, du pouvoir, de la religion, de l'homosexualité...
Il s'agit là d'un roman  bien construit, facile et agréable à lire, même s'il est un peu trop insistant sur son "message". Le style, direct, parlé, rappelle un peu "Mille morceaux" mais avec plus de lourdeur. La traduction laisse souvent à désirer et pas mal de fautes d'orthographe subsistent, ce qui est gênant. Il se lit néanmoins agréablement et donne à réfléchir au pouvoir de l'amour face aux autres pouvoirs, même s'il ne s'agit pas vraiment d'un message délivré par l'auteur, du moins je l'espère. Oui, c'est une lecture plaisante mais qui déborde de bons sentiments et de poncifs du genre "aimez-vous les uns les autres". J'imagine qu'à côté de ce roman médiatisé, il doit y avoir d'excellents romans dans la rentrée littéraire, que j'espère découvrir.

Michèle PETIT, Eloge de la lecture : la construction de soi, Belin, 2002

 


Voici un ouvrage à conseiller à tous les enseignants, bibliothécaires, libraires et autres "passeurs de livres".
L'auteur, Michèle Petit est anthropologue et a mené une étude sur la lecture en milieu rural. Ici, elle a recueilli les témoignages d'hommes et de femmes d'origines culturelles et de milieux sociaux différents ainsi que des auteurs sur leurs pratiques de lecture. A partir de ces voix, elle identifie les fonctions de la lecture, mettant en évidence le rôle de la rêverie du lecteur, l'identification, l'hospitalité de la lecture...
Elle évoque également les résistances qui peuvent survenir vis-à-vis de la lecture, notamment dans certains milieux ou chez les adolescents.
L'auteur évoque également le rôle des femmes comme agents du développement culturel. Dans les régions du monde où les femmes sont maintenues à l'écart de la scolarisation, l'écrit circule mal. (p. 123)
Comme il est noté sur la quatrième de couverture lire, c'est aussi un moyen pour résister aux processus d'exclusion ou d'oppression, pour reconquérir une position de sujet au lieu de n'être qu'un objet du discours des autres.
Je terminerai en signalant ici une brève dans le magazine Lire de ce mois d'octobre. A la page 9, il est question d'une émission littéraire radiophonique "blabla" qui est l'oeuvre des détenus de la prison de Béziers : ceux-ci se réunissent autour d'un micro pour partager leurs coups de coeur littéraires et en débattre. Cela me semble une initiative qui va dans le sens de ce dont parle Michèle Petit et qui vaut la peine d'être notée. C'est diffusé sur Radio Clapas, les lundi, mardi, jeudi et vendredi à 12h10 et à 23h. En Belgique : radioclapas.free.fr

19 avril 2010

Luz ou le temps sauvage

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OSORIO, Elsa, Luz ou le temps sauvage, Métailié

A vingt ans, à la naissance de son enfant, Luz commence à avoir des doutes sur ses origines. Petite-fille du colonel Dufau, "un salaud intégral" qui a donné l'ordre de torturer, massacrer, assassiner les opposants au régime, elle éprouve du dégoût pour sa propre famille dont elle se sent si loin. Remontant la piste jusqu'à sa naissance, elle découvre qu'elle est en réalité, fille de disparus et que ses parents ont été victimes de la répression. Sa mère, à la naissance de Lili-Luz devait céder son enfant au couple que forment Eduardo et Mariana, dont le bébé est mort à la naissance. Grâce à Eduardo, son père qui prend conscience de ce que fut le régime, de Miriam qui a donné sa parole de dire la vérité à Luz, la jeune femme va pouvoir renouer avec ses racines et retrouver un père bien vivant.

Un très beau roman, très dense, très  et sensible qui dévoile un pan de l'histoire tragique de l'Argentine.